mercredi 11 novembre 2009

fascination

Ce matin je songe aux oiseaux.
Je lis, consulte des images et ne peux aller plus loin aujourd'hui tant la fascination de celle-ci me saisit.

peinture sur bois 220 x 195 cm
Triptyque peint par Hieronymus van Aken,
dit Jérôme Bosch vers 1504
conservé à Madrid, Museo del Prado

Le plus grand et le plus féerique triptyque de Jérôme Bosch comporte sur le volet gauche le Paradis, souligné par les nuances tendres et claires du vert, du bleu, du jaune et de l'ocre et, sur le volet droit, l'Enfer musical, maintenu dans des couleurs sombres et froides du noir bleuté au gris.


Dans le panneau central, une véritable explosion de couleurs rehausse l'illustration prodigieuse du paradis artificiel où tout est calme et volupté. Maints détails, comme les fruits et les oiseaux, sont d'une taille disproportionnée.
Dans un vaste paysage lumineux, Jérôme Bosch organise la scène en quatre plans concentriques, peuplés de dizaines d'êtres humains nus, d'animaux et de créatures monstrueuses.

Le Jardin des délices,détail du panneau central

Mais ce sont ces oiseaux géants qui éveillent en moi un sentiment étrange et merveilleux sur lequel il m'est difficile de poser des mots. Je pense à ce que Socrate nommait "la démangeaison des ailes".
L'oiseau, frère cadet de l'ange apprend l'essentiel : le détachement, l'acceptation joyeuse de sa singularité, surmonter sa fragilité en récusant les inutiles soucis.
Être à chaque instant neuf dans la plénitude de la liberté.

dimanche 8 novembre 2009

Correspondances

Giotto Scène de la prédication aux oiseaux

1297-1299 Fresque - 270 x 200 cm

Nef de la basilique supérieure, Assise


Quand notre excellent professeur d'histoire de l'Art du Moyen-Âge, raconte Giotto et le Trecento le temps est comme suspendu.

Un matin de ciel gris, il nous parle des fonds bleus de Giotto (1267-1337), en particulier ceux des fresques de la basilique d'Assise. L'une d'elles, "le prêche aux oiseaux, de Saint François" est particulièrement émouvante.

Ici Saint François, après s'être étonné que les oiseaux se soient rassemblés et l'attendent, les prie humblement d'écouter la parole de Dieu : "mes frères les oiseaux, vous avez bien sujet de louer votre créateur et de l'aimer toujours..."

Le paysage y est sobre et nu pour donner toute l'attention à l'humain. Giotto crée un espace scénique, ménage l'illusion d'un vide où les acteurs s'expriment.

Pour cela, il tend à l'arrière cette toile de fond bleue : ce n'est pas le ciel, mais une couleur abstraite. Elle est un peu l'équivalent de l'or des icônes byzantines.

Elle est là pour transporter la scène hors du quotidien avec quelques éléments de décor.

Il peint non pas une colline mais une idée de colline, non pas des arbres mais des idées d'arbres.

Tout cela pour représenter la vie par les gestes, les attitudes des personnages ;

tout cela pour donner à voir le mouvement franciscain profondément humaniste qui se répand à la fin du XIIIe et au début du XIVe siècle en Italie.




Quelques années plus tard Giotto peindra 38 fresques dans la chapelle de la famille Scrovegni à Padoue, illustrant des scènes de la vie de la Vierge et du Christ. On y retrouve les merveilleux fonds bleus comme celui de cette crucifixion où il sublime l'intensité dramatique.


Giotto La Crucifixion

Chapelle Scrovegni ou de l’Arena

Fresque, 200 x 185 cm - 1304-1306



Quelques siècles plus tard,

Yves Klein (1928-1962), raconte que ses monochromes lui viennent après une visite à Assise dans les années 50 : "je considère comme réel précurseur de la monochromie que je pratique, Giotto pour ses monochromes bleus d'Assises, appelés découpages du ciel par les historiens de l'art, mais qui sont bien des fresques monochromes unies."



Yves Klein, Monochrome bleu (IKB 3), 1960
Pigment pur et résine synthétique sur toile marouflée sur bois
199 x 153 cm



"Comme de longs échos qui de loin se confondent

Dans une ténébreuse et profonde unité,
vaste comme la nuit et comme la clarté,
les parfums,les couleurs et les sons se répondent"

Charles Baudelaire (1821-1867)
Les fleurs du mal / Correspondances, extrait






jeudi 5 novembre 2009

Délicieuse coïncidence


Fabienne Verdier
Ascèse du 02 février 2009
Série : Silencieuse Coïncidence
Pigments et encre sur toile 250 x 183 cm

"L'envoyé du pape s'étant mis en route, pour aller voir Giotto et apprendre quels autres maîtres il y avait à Florence excellant en peinture et en mosaïque, passa par sienne, où il s'aboucha avec nombre de peintres qui lui remirent des dessins. Arrivé à Florence, il se rendit un matin dans l'atelier de Giotto qu'il trouva en train de travailler, et lui exposa quelles étaient les intentions du pape. Il finit par lui demander un dessin qu'il pût envoyer à Sa Sainteté. Giotto qui était d'un caractère enjoué, prit une feuille de papier, appuya son coude sur sa hanche, pour former une espèce de compas, et traça, avec un pinceau teint en rouge, un cercle si égal de rayon et d'épaisseur que c'était une merveille à voir. Cela fait, il dit en souriant au gentilhomme : "voilà le dessin demandé." Celui-ci se voyant joué, s'écria : "n'aurai-je point d'autre dessin que ce rond ? - Il est plus que suffisant, lui répondit Giotto ; envoyez-le avec les autres, et vous verrez si on en reconnaîtra l'auteur."
L'envoyé du pape, voyant qu'il ne pouvait obtenir d'autre dessin, s'en alla fort mécontent, soupçonnant qu'il avait été bafoué. Néanmoins il envoya ce dessin avec les autres au pape, et les noms de ceux qui les avaient faits et raconta comment Giotto avait tracé son cercle, sans remuer le bras et sans compas. D'où le pape et ses courtisans qui s'y entendaient comprirent combien Giotto l'emportait sur tous les autres peintres de son époque."

Giorgio Vasari (1511-1574)- Vies des artistes /
Giotto di Bondone (1266?-1337)- Grasset, coll. Les Cahiers Rouges


lundi 14 septembre 2009

Cathédrales romanes en Bourgogne


Les nefs de la cathédrale Saint Lazare d'Autun, construite au XIIe siècle, sont en voûte en berceau brisé. La lumière qui coule à travers ses vitraux est douce et tiède ce matin.
La déambulation me conduit vers un ange peint à fresque sur le mur d'une chapelle latérale : timide et charmant, il dissimule ses pieds nus derrière un drap de lin blanc et son oeil gauche avec la manche de sa chemise. J'admire la beauté délicate de ses ailes en plumes de paon.
Un peu plus tard nous nous arrêtons dans une autre cathédrale où l'odeur de la mousse, le miroitement des rayons du soleil qui joue sur les troncs veloutés et les cantiques des oiseaux dissimulés dans les hauteurs libèrent une sensation tangible de bonheur que j'aspire goulûment pour n'en rien en perdre.

vendredi 11 septembre 2009

Performance aux Farfouillettes


"Dans la vitrine des Galeries Lafayette, boulevard Haussmann,un petit train électrique traverse la tête d’une femme, circulant de son oeil gauche jusqu’à sa bouche bée. Plus loin, un oeuf suspendu dans une cuisine pleure des larmes de crocodile, et, dans un décor d’usine, des gerbes d’étoiles éclairent des fenêtres en meurtrière.

L’auteur de cette mise en scène, sombre et poétique, n’est autre que le cinéaste David Lynch,également artiste peintre et plasticien," écrit Véronique Lorelle dans Le Monde.


Oui, c'est mélancolique et onirique à souhait, fascinant car non mercantile aussi, mais je ne parviens pas à définir la petite amertume après la première bouchée...


"Ce qui m'a excité dans le projet Galeries Lafayette, c'est de créer un véritable street museum. J'ai imaginé onze installations dont le but est de tout simplement donner à rêver... Pour moi, ces vitrines sont comme des boîtes à bijoux. Elles présenteront des scènes avec des paysages et des personnages qui évoqueront la machine, l'abstraction et la femme, avec des sons, des figures animées et des lumières. J'espère qu'elles auront leur magie et qu'elles laisseront toute sa place au rêve", dit David Lynch.


Les gravures exposées au premier étage des Galeries sont encore plus noires. Ces rêves, ses rêves à lui sont plutôt des cauchemars. J'ai le plus grand respect pour cet artiste mais je n'ai pas envie de me laisser entraîner dans les noirceurs et les grincements de son univers douloureux.

Seulement voilà, j'y pense, j'en parle ici, alors c'est qu'il émane de ces créations une forme de magie qui m'a envoûtée malgré tout !




Proust en attendant que l'eau bouille


Manet, 1880, Huile sur toile de 16 x 20 cm conservée au Musée d'Orsay à Paris

Pour cuire les raviolis charnus ricotta-épinards qui attendent sagement dans leur sachet de papier, il faut beaucoup d'eau. J'attends qu'elle bouille en rêvassant. Près de la cuisinière, le plat à asperges en barbotine de ma grand-mère conduit le fil de mes pensées vers ces mots de Proust à la lecture desquels je frissonne de plaisir :

"[...]mon ravissement était devant les asperges, trempées d’outremer et de rose et dont l’épi, finement pignoché de mauve et d’azur, se dégrade insensiblement jusqu’au pied,-encore souillé pourtant du sol de leur plant,-par des irisations qui ne sont pas de la terre. Il me semblait que ces nuances célestes trahissaient les délicieuses créatures qui s’étaient amusées à se métamorphoser en légumes et qui, à travers le déguisement de leur chair comestible et ferme, laissaient apercevoir en ces couleurs naissantes d’aurore, en ces ébauches d’arc-en-ciel, en cette extinction de soirs bleus, (...)"

jeudi 10 septembre 2009

la preuve Parr trois

Un petit tour sur la Planète Parr au Jeu de Paume, et le plaisir d'y retrouver, au détour d'une cimaise, les images délicates et la lumière douce de la photographe japonaise Rinko Kawauchi ;

et encore, et surtout de "refaire le match" de la fin des vacances avec deux amies autour d'une petite salade sous les frondaisons des Tuileries !


dimanche 7 juin 2009

magnifique !


délicieuse sensation de se sentir magnifique malgré les paupières un peu froissées et les cheveux en bataille un dimanche matin ...